Comprendre l’autre avant de le juger… Une autre façon de communiquer.
Cela faisait un moment que je n’avais pas écrit ici. Ces derniers temps, beaucoup de choses se sont passées de mon côté. J’ai ressenti le besoin de ralentir, et cet été pesant avec ces chaleurs excessives ont rendu certaines journées particulièrement difficiles. J’ai eu besoin de prendre encore plus de recul sur certaines situations, mais également sur certaines personnes, afin de retrouver davantage de clarté et de pouvoir avancer plus sereinement. J’ai ressenti un besoin profond de structure, de lâcher-prise, de repos et de discernement. Et surtout, j’ai eu besoin de prendre soin de moi.
Depuis que je rencontre des problèmes de santé, cette attention que je m’accorde n’est plus négociable. Elle est devenue une véritable priorité. Je parlerai probablement plus librement de ce que je traverse un jour, lorsque je me sentirai prête, mais ce moment n’est pas encore venu. Pour l’instant, j’ai simplement besoin de respecter mon rythme, mon intimité et les limites dont j’ai besoin pour préserver mon équilibre.
Ce temps de recul m’a aussi permis d’observer certaines choses différemment. De réfléchir à nos relations, à notre façon de communiquer et à la rapidité avec laquelle nous pouvons parfois nous faire une idée d’une personne ou d’une situation.
Une réflexion revient particulièrement souvent dans mon esprit pourquoi nous ne cherchions pas réellement à comprendre l’autre avant de le juger ? Car comprendre change notre manière de communiquer.
Lorsque je cherche sincèrement à comprendre une personne, mes mots deviennent immédiatement plus adaptés. Ma manière de lui parler change. Mes réactions deviennent souvent plus mesurées, mes questions plus pertinentes et mon regard plus nuancé. Je ne réponds plus uniquement à ce que je crois avoir compris. Je prends le temps de découvrir ce qui se joue réellement derrière un comportement, un silence, une maladresse ou une réaction.
Parce que nous ne connaissons jamais totalement ce que traverse une personne. Nous ne savons pas toujours ce qui l’a fragilisée, ce qui lui demande des efforts, ce qu’elle essaie de protéger ou ce qu’elle n’arrive pas encore à exprimer. Nous ignorons les blessures qui peuvent être réveillées par une situation apparemment anodine. Nous ne connaissons pas forcément son histoire, ses peurs, ses limites ni les combats qu’elle mène silencieusement. Et pourtant, nous pouvons être très rapides à interpréter.
Nous faisons très souvent des raccourcis… Une personne met du temps à répondre, elle nous ignore. Elle refuse une invitation, elle ne fait aucun effort. Elle se montre plus distante, elle a changé. Elle réagit avec émotion, elle exagère. Elle pose une limite, elle est égoïste. Elle ne se comporte pas comme nous l’aurions souhaité, elle nous déçoit.
Mais entre ce que nous observons et la réalité de l’autre, il existe parfois un immense espace. Un espace que nous remplissons avec nos suppositions, nos expériences passées, nos attentes, nos peurs et notre propre manière de fonctionner. Nous ne réagissons alors plus à la personne qui se trouve devant nous, mais à l’histoire que nous avons construite à son sujet.
Nous interprétons souvent avec notre propre grille de lecture. Nous avons tous une façon particulière de percevoir le monde. Elle est influencée par notre éducation, notre sensibilité, notre parcours, nos blessures, nos valeurs et les relations que nous avons connues. Ce qui semble évident pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Ce que je vis comme un manque d’attention peut être, chez l’autre, une difficulté à exprimer ses émotions. Ce que je perçois comme de la distance peut être un besoin de se retrouver seul. Ce que j’interprète comme de l’indifférence peut parfois être de la fatigue, de l’inquiétude ou simplement une autre façon de montrer son affection.
Cela ne signifie pas que toutes les interprétations sont fausses.
Notre intuition peut nous alerter. Certains comportements peuvent réellement être maladroits, injustes ou blessants. Mais avant de transformer une impression en vérité définitive, je crois qu’il est essentiel de laisser une place à la discussion. Demander plutôt que supposer. Écouter plutôt que conclure. Observer plutôt que cataloguer. Chercher à comprendre plutôt que décider immédiatement qui est l’autre.
Juger rapidement nous prive parfois de la vérité. Il suffit parfois d’un mot mal choisi, d’une réaction inhabituelle ou d’un moment de tension pour que l’on réduise une personne à cet instant précis. Nous oublions alors tout ce qui compose son humanité.
Nous oublions qu’une personne peut être fatiguée sans être désintéressée. Qu’elle peut être inquiète sans savoir comment le dire. Qu’elle peut se protéger maladroitement. Qu’elle peut traverser une période difficile sans avoir envie d’en parler. Qu’elle peut avoir besoin de temps avant d’être capable de mettre des mots sur ce qu’elle ressent.
Je constate que nous vivons dans une époque où tout semble devoir être interprété, évalué et tranché très rapidement. Nous observons un fragment et nous pensons connaître l’ensemble. Nous entendons une seule version et nous croyons détenir toute l’histoire. Les personnes deviennent alors des étiquettes… trop sensibles, trop compliquées, froides, égoïstes, instables, distantes, négatives ou difficiles.
Mais une personne est toujours plus complexe que le mot que l’on pose sur elle. Et, bien souvent, ces étiquettes ferment la porte à toute possibilité de compréhension.
Comprendre ne signifie pas tout accepter. Chercher à comprendre l’autre ne signifie pas nier ce que je ressens. Cela ne m’oblige pas à accepter un manque de respect, à excuser des comportements blessants ou à rester dans une relation qui ne me convient plus. La compréhension ne doit jamais devenir une façon de minimiser mes propres limites ou de justifier indéfiniment ce qui me fait du mal.
Je peux comprendre l’histoire d’une personne tout en reconnaissant que son comportement ne me convient pas. Je peux entendre ses difficultés tout en protégeant mon équilibre. Je peux faire preuve d’empathie sans m’oublier. Je peux comprendre pourquoi une personne agit d’une certaine manière et décider malgré tout de prendre mes distances. C’est ici que le discernement devient essentiel.
Le discernement me permet de faire la différence entre une maladresse ponctuelle et un comportement récurrent. Entre une personne qui traverse une période difficile et une personne qui refuse systématiquement de se remettre en question. Entre quelqu’un qui ne savait pas et quelqu’un qui continue, même après avoir été informé de la souffrance provoquée.
Comprendre ne veut donc pas dire abandonner mes limites. Cela signifie simplement que je choisis de ne pas condamner trop vite, sans chercher à connaître ce qui se trouve derrière ce que je vois.
Avant d’écrire ce post, j’ai échangé séparément avec une amie et avec mon compagnon autour de cette réflexion. Tous les deux m’ont rejointe sur ce constat qu’il existe aujourd’hui un véritable manque de compréhension dans nos relations.
Les échanges deviennent difficiles lorsque chacun reste enfermé dans sa propre interprétation. Lorsqu’une personne cherche uniquement à prouver qu’elle a raison, elle n’écoute plus réellement. Elle prépare sa réponse. Elle se défend. Elle interprète les mots de l’autre à travers ce qu’elle a déjà décidé de croire.
À l’inverse, lorsque je me demande sincèrement ce que l’autre essaie de me dire, quelque chose s’ouvre.
Je peux demander « Qu’est-ce que tu voulais dire exactement ? » « Comment as-tu vécu cette situation ? » « Est-ce que j’ai mal compris quelque chose ? » « Qu’est-ce qui explique ta réaction ? » « De quoi aurais-tu besoin pour que nous puissions mieux nous comprendre ? »
Ces questions ne garantissent pas que tout sera résolu. Certaines personnes ne souhaitent pas dialoguer. Certaines ne savent pas encore le faire. D’autres ne veulent entendre que leur propre version. Mais poser ces questions permet au moins de ne pas construire une relation entière sur une supposition.
Je trouve aujourd’hui particulièrement difficile d’échanger avec des personnes qui ne cherchent jamais à comprendre. Des personnes qui jugent avant de questionner. Qui interprètent sans vérifier. Qui attribuent des intentions sans demander d’explication. Qui ne voient les situations qu’à travers leur propre point de vue.
Une relation ne peut pas être équilibrée si une seule personne fait constamment l’effort de nuancer, de dialoguer et de se remettre en question. Comprendre l’autre doit être un mouvement réciproque. Je peux faire l’effort d’écouter, d’expliquer plus clairement mes besoins et de reconnaître mes maladresses. Mais je ne peux pas construire seule un échange respectueux si la personne en face de moi refuse toute autre lecture que la sienne.C’est aussi l’une des choses que mon besoin récent de recul m’a permis de comprendre.
Prendre de la distance n’est pas toujours un rejet. Cela peut être une façon de préserver une relation avant qu’elle ne se détériore davantage. Cela peut aussi permettre de distinguer les liens dans lesquels la communication peut encore évoluer de ceux dans lesquels je dois cesser de m’épuiser à essayer d’être comprise.
Je ne crois pas que nous ayons besoin d’être d’accord sur tout pour nous respecter. Je crois cependant que nous avons besoin d’une véritable curiosité envers l’autre.
Une curiosité qui ne cherche pas à fouiller dans sa vie, mais à comprendre sa réalité. Une curiosité qui laisse de la place aux différences, aux nuances et aux explications. Une curiosité suffisamment humble pour reconnaître que notre première impression n’est peut-être pas toute la vérité.
Comprendre l’autre demande parfois de ralentir, de suspendre notre réaction immédiate, de respirer avant de répondre, de reconnaître que nous sommes peut-être touchés par quelque chose qui appartient aussi à notre propre histoire, de laisser à l’autre la possibilité d’expliquer ce que nous n’avons pas compris. Cela demande de l’empathie, mais également de la maturité. Parce qu’il est parfois plus facile de juger que de remettre en question notre interprétation.
Je ne souhaite pas devenir une personne qui excuse tout. Je souhaite devenir une personne qui cherche à comprendre avant de conclure. Une personne capable de poser ses limites sans déshumaniser l’autre. Capable de reconnaître une blessure sans résumer toute une personne à cette blessure. Capable de prendre de la distance sans chercher à salir, rabaisser ou condamner.
Je veux que mes comportements, mes mots et mes réactions soient aussi adaptés et pertinents que possible. Je sais que je n’y parviendrai pas toujours. Moi aussi, je peux interpréter trop rapidement, réagir sous le coup d’une émotion ou croire avoir compris une situation alors qu’il me manque une partie de l’histoire.
Mais je peux apprendre à me poser une question avant de juger « Qu’est-ce que je ne sais pas encore ? » Cette question ne résout pas tout, mais elle ouvre un espace. Un espace pour le dialogue, pour la nuance, pour le discernement et pour davantage d’humanité. Et je crois profondément que nos relations en ont besoin.
Avec toute ma bienveillance,
Sylvie
